mardi 25 novembre 2014

Coca-Cola partenaire du sport-santé en France, de qui se moque-t-on ?

Pour être en forme, nous disent régulièrement les campagnes d'information gouvernementales, il faut faire du sport et bien manger. Cette dernière recommandation s'étendant naturellement à la boisson, autant dire qu'avec 38% des apports en sucres journaliers recommandés*, une seule cannette de Coca cola devrait faire fuir quiconque désire vivre longtemps et sainement.
Cette image de "junk food" qui lui colle légitimement à la peau, la marque américaine de boissons gazéifiées n'en a cure. Pour preuve, après avoir financé des actions contre le diabète – comme si un pyromane venait vous expliquer comment allumer votre barbecue en toute sécurité –, elle renforce aujourd'hui sa place dans… le sport santé. Après être devenue officiellement partenaire du Centre national pour le développement du sport (CNDS) en juillet dernier, ce qui va lui donner l'occasion de parrainer des événements de promotion du sport-santé en échange d'un chèque de 500.000 euros par an, voilà la firme qui s'affiche au Salon des maires.
Dans le cadre de cette importante manifestation qui se tient du 25 au 27 novembre à Paris, Coca Cola France organisera la conférence "Une ville en forme". Parmi les intervenants, outre l'ancien basketteur Richard Dacoury, devenu consultant sport et partenariats chez Coca-Cola France, notons la présence de Xavier Bigard, président de la Société Française de Médecine de l'Exercice et du Sport et conseiller scientifique de l'AFLD (Agence français de lutte contre le dopage), et d'Arielle Piazza, adjointe au maire de Bordeaux Alain Juppé, chargée des Sports, de la Jeunesse et de la Vie Etudiante.
Déjeuner offert

Détail amusant : dans l'annonce de sa conférence, Coca Cola précise qu'un déjeuner sera offert… une technique qui rappelle celle des marques alimentaires pour enfants, qui n'hésitent pas à refiler des cadeaux aux mioches pour mieux faire digérer leurs calories. En 2014, pour faire venir des maires à une conférence contre nature, Coca-Cola n'hésite pas à ressortir une ficelle aussi grosse. On n'attire pas les mouches avec du vinaigre.
On peut se demander dans quelle mesure il est légitime, voire décent, de laisser une telle entreprise s'afficher pour promouvoir une pratique – le sport-santé – dont les bienfaits peuvent être anéantis par ses propres produits.
En 2005, la limitation de la consommation des produits gras et sucrés était le sujet des campagnes de publicité du plan national nutrition santé (PNNS). Un des deux films d'information alors programmés à la télévision invitait l'enfant à boire de l'eau plutôt qu'une boisson sucrée.
Alcool et tabac ont été éloignés des stades, circuits, salles et autres lieux de pratiques sportives. N'est-il pas paradoxal et déplorable que, d'un côté, notre pays investisse dans un PNNS (dont le budget pour la période 2011-2015 s'élève à 117 millions d'euros**, sans compter les quelque 180 millions d'euros représentés par les moyens humains de l'Inra consacrés directement ou indirectement à la priorité alimentation et santé***), pour, de l'autre, laisser le champ libre à Coca Cola dans une sphère d'activités où cette entreprise n'a rien à faire ?

JDL

*** PNNS 2006-2010, ministère de la Santé

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Journaliste spécialisé dans l'actualité sportive, j'ai collaboré, entre autres, à So Foot, Libération, Radio France Internationale. Aujourd'hui, je suis particulièrement les politiques sportives au plan national et dans les collectivités locales pour Localtis.