mardi 22 octobre 2013

Jean-Claude Darmon : "L'Etat veut tuer le foot français"

Quand l’ex-grand argentier parle gros sous, taxe à 75 % ou particularisme du foot hexagonal, forcément ça décape. Extraits...

Vous n’êtes pas d’accord avec le fait que le conseil d’administration de la Ligue a exigé que l’AS Monaco installe son siège en France d’ici à juin 2014, ce qui lui fera perdre ses privilèges fiscaux et sociaux ? 
C’est une connerie ! On demande cela à l’ASM au nom de l’égalité. Mais on n’est jamais égaux. Est-ce que le PSG a les mêmes moyens que Guingamp ? Pour que ce soit l’égalité, il faut que Guingamp ait le même budget que le PSG. Ça n’a pas de sens.
L’ASM devrait garder son siège dans la Principauté ? 
Non, rester comme ça, ce n’est pas possible. Il y a une assiette pour les vingt clubs de L1. Il faudrait que l’ASM accepte de ne pas toucher aux primes de classement réservées aux trois premières places et n’encaisse au mieux, en fin de saison, que la prime réservée à la quatrième place de L1. Ce serait un manque à gagner pour Monaco, mais comme il jouera l’Europe, il sera remboursé de ce qu’il a perdu par rapport au Championnat, et sur le nombre d’années, il s’y retrouvera. Et là, il y aura l’avantage que ça profite au football français et non à l’État français. L’État français n’a qu’une seule chose en tête : c’est tuer le foot français. Il veut lui mettre cette taxe à 75%. Grosso modo, cette année, le foot français paiera 44M€ de taxe supplémentaire. Cette taxe de 75%, c’est scandaleux ! Actuellement, on paye l’impôt de l’impôt de l’impôt. Quand les riches maigrissent, les pauvres meurent ! Ils sont en train de tuer le football, ils tuent les entreprises. Le président de la Ligue, Frédéric Thiriez, se bat pourtant comme un chiffonnier (contre cette taxe).
Que feriez-vous aujourd’hui si vous étiez responsable du marketing d’un club ?
Le stade est essentiel. Quand j’étais directeur du Parc des Princes, j’avais essayé d’y mettre des McDo. Mais c’était impossible à cause d’une loi. Il faut que le stade soit au centre de la vie, créer autour des supermarchés, des hôtels, des parcs de jeux. Il faut qu’il y ait des activités dans ce stade, qu’il soit couvert, si possible. Prenons le cas de Jean-Michel Aulas, à mon avis le meilleur gestionnaire du foot avec Michel Seydoux. Au moment où il était au sommet, il avait besoin d’un stade. Eh bien, on lui a donné dix ans pour qu’il le fasse. Tu te rends compte : en Chine, en six mois, ils te font un stade ! Ils n’ont pas donné les moyens à Aulas, il y a eu recours, recours, recours…Ils lui ont fait perdre dix ans pour rien.
Un club doit-il être propriétaire de son stade ? 
Copropriétaire. L’État ne doit pas seulement se cantonner à nous pomper des taxes tous azimuts. Il faut aussi qu’il renvoie l’ascenseur aux vitrines du foot que sont les grands stades et les grandes équipes. Je serais pour une formule mixte : privé-public. L’État doit assumer.
Platini a-t-il raison avec son fair-play financier ? 
Oui, s’il l’applique comme il faut l’appliquer. S’il y a une DNCG européenne du même niveau que la DNCG française, avec les mêmes sanctions, oui, ce serait une bonne idée. Mais j’en doute. C’est tellement compliqué de vérifier les comptes de clubs de l’Est. Est-ce qu’il peut s’attaquer à tous les grands clubs ? Hormis quelques-uns, tous sont endettés jusqu’à la gorge. Comment va faire Platini ? Si c’est le Real Madrid, c’est injouable. Je ne vois pas comment il peut faire ça. Pour en revenir au Real, acheter Gareth Bale pour 100 M€, c’est n’importe quoi ! Il ne mérite pas ça ! On vous dira “l’offre et la demande”. O.K. pour l’économie libérale, mais 100 M€ pour Bale alors que le club est endetté à hauteur de 600 M€ environ, ça fausse la concurrence. Ça fait monter les prix. C’est n’importe quoi !
Seriez-vous devenu communiste ? 
Je suis anti communiste.

(France football)

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Journaliste spécialisé dans l'actualité sportive, j'ai collaboré, entre autres, à So Foot, Libération, Radio France Internationale. Aujourd'hui, je suis particulièrement les politiques sportives au plan national et dans les collectivités locales pour Localtis.