Les députés ont voté vendredi la nouvelle mouture de la "taxe à 75%"
pour les très hautes rémunérations, une mesure décriée par les clubs de
football professionnel qui entendent "continuer le combat" contre elle,
sans exclure une journée de grève.
La "contribution exceptionnelle
de solidarité", payée par les entreprises, est assise sur la fraction
de la rémunération supérieure à un million d'euros. Elle s'appliquera
uniquement pendant deux ans, sur les rémunérations de 2013 et 2014.
Son
taux est en fait de 50%, mais en y ajoutant les charges sociales, on se
rapproche de l'engagement symbolique de 75% promis par François
Hollande pendant la campagne présidentielle. Une première version de la
taxe avait été annulée par le Conseil constitutionnel fin 2012.
Selon
la Ligue de football professionnel, elle va toucher 13 clubs de Ligue 1
pour un montant global d'environ 44 millions d'euros.
Selon le
gouvernement, la taxe concernerait au total environ 470 entreprises et
1.000 dirigeants ou salariés. Le rendement attendu serait de 210
millions d'euros par an.
"Cette taxe n'est pas une taxe sur la
réussite mais nous sommes dans une période de redressement des comptes",
a justifié le ministre délégué au Budget Bernard Cazeneuve, jugeant
normal de faire appel à "l'esprit de justice" et insistant sur le
"caractère temporaire" de la mesure.
"Un dispositif fiscal fait
pour la première fois la Une de l'Equipe", a ironisé l'UMP Marc Le Fur
en brandissant l'édition du jour dans l'hémicycle.
"Je comprends
la réaction des équipes de football parce qu'en fait ce sont les seules
qui vont payer. Les professions libérales, les grands avocats, les
grands artistes ne paieront pas", a-t-il souligné.
Philippe
Diallo, directeur général de l'UCPF, le syndicat des clubs de football
professionnels, a annoncé vendredi soir que le "combat du football
professionnel continuait". "Certes, l'Assemblée nationale a voté le
texte mais le gouvernement peut utiliser à tout moment son droit
d'amendement pour répondre à l'appel au secours des dirigeants de club.
Il n'est pas trop tard", a-t-il prévenu ans un texte transmis à l'AFP.
Principal concerné, le PSG, où plus d'une vingtaine de salariés
dépasseraient la barre du million d'euros, devrait cependant verser
seulement 20 millions d'euros, et non 40, car la taxe a été plafonnée à
5% du chiffre d'affaires de l'entreprise.
"Cet écrêtement va
bénéficier au PSG, mais les petits clubs n'en bénéficieront pas. On
protège les gros clubs alors qu'à Guingamp (Côtes-d'Armor) il n'y a
qu'un joueur qui dépasse le million d'euros", a dit M. Le Fur, député du
département.
Mobilisés
depuis plusieurs mois, les clubs de foot ont prévu une assemblée
générale jeudi prochain pour envisager "différents scénarios", sur fond
de rumeurs d'une grève sur une journée de L1 et de L2.
L'idée d'un
mouvement de protestation doit être envisagée "plus comme un cri
d'alarme que comme une menace", a relativisé Jean-Michel Aulas,
président de l'Olympique lyonnais et personnage influent du foot
français.
L'idée d'une grève pourrait être assez mal vue dans un pays pour qui foot pro rime souvent avec sommes folles.
Dans
un sondage BVA pour Le Parisien-Aujourd'hui en France publié dimanche
dernier, les joueurs de l'équipe de France étaient ainsi jugés trop
payés par 86% des sondés.
"A l'heure où tous les Français
participent à l'effort de redressement, les Français ne comprendraient
pas que le football professionnel vu comme un secteur privilégié ne
participe pas à l'effort collectif", a lancé jeudi la ministre des
Sports Valérie Fourneyron.
Le rapporteur au Budget Christian
Eckert (PS) a regretté lors du débat que "tous les commentaires
analysent cet article à l'aune des clubs de foot alors qu'il il ne vise
pas que les clubs sportifs" et touchera aussi de grandes entreprises.
L'écologiste
François de Rugy s'est ainsi réjoui que la taxe incite à revenir "à une
forme de cohésion dans l'échelle des salaires dans une entreprise".
Mais
les 1.000 salariés que le gouvernement estime potentiellement concernés
"sont déjà partis ailleurs", selon l'UMP Jean-François Lamour.
Cette
promesse électorale de François Hollande, qui a déjà connu plusieurs
rebondissements, colle au président comme "le sparadrap du capitaine
Haddock", a-t-il ironisé en évoquant un "OFNI" (Objet fiscal non
identifié).
La taxe fait partie du projet de budget 2014 devant
ensuite être examiné au Sénat avant de revenir vers l'Assemblée
nationale, qui aura le dernier mot.
(AFP)
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