La Ligue de football professionnel attribuera vendredi les droits
audiovisuels de la Ligue 1 et de la Ligue 2 pour la période 2016-2020,
en espérant qu'un contexte sportif favorable et la violente concurrence
entre Canal+ et BeIn Sports lui permettront d'obtenir un montant record.
Sans
Ibrahimovic, Falcao, Cavani ou Thiago Silva, le football français
valait 607 millions d'euros par an. Avec eux, vaut-il beaucoup plus ?
C'est en tout cas le pari de Frédéric Thiriez, président de la LFP, qui avait surpris le 6 mars en annonçant le lancement anticipé d'un appel d'offres plutôt attendu à l'automne 2015.
Evoquant
un contexte sportif "optimal" avec "des clubs locomotives (le Paris SG
et Monaco) qui tirent le championnat vers le haut", il avait alors
plaidé la nécessité d'offrir aux clubs "plus de visibilité financière".
L'explication
n'a pas convaincu Canal +, partenaire historique du foot français, qui a
demandé en justice la suspension de cet appel d'offres. Mais le
Tribunal de grande instance de Paris a refusé vendredi cette demande et
Canal + et BeIn Sports vont donc bien s'expliquer en fin de semaine par
enveloppes interposées.
Mercredi, les deux diffuseurs actuels - ou
de nouveaux entrants - déposeront à la Ligue leurs offres
qualificatives. Celles-ci, qui concernent essentiellement l'habillage
des émissions ou les budgets de production, servent à pondérer les
offres financières mais n'influent qu'exceptionnellement sur le choix
définitif.
C'est donc vendredi que tout va se jouer avec la remise
des offres financières dans le cadre d'un montage séquentiel qui doit
permettre à la Ligue de profiter à plein de la rivalité exacerbée entre
BeIn et Canal.
La Ligue attribuera dans un premier temps le Lot 1,
qui offre deux grands matches en direct par journée de championnat.
Elle préviendra les candidats, qui pourront alors enchérir à nouveau
pour les lots 2 (un grand match en direct, avec les 10 plus belles
affiches de la saison) et 3 (les sept matches restant pour chaque
journée).
La LFP ne cherche pas forcément à avoir un diffuseur unique.
Selon un bon connaisseur du dossier ayant requis l'anonymat, le
découpage de l'appel d'offres vise au contraire à ce que le perdant du
1er lot puisse "se refaire la cerise".
Mais il doit surtout
permettre de faire monter les enchères bien au-delà des actuels 607
millions d'euros par saison qui, malgré l'entrée en jeu de BeIn, avaient
marqué en 2012 une première baisse de ces droits essentiels dans les
budgets des clubs.
La Ligue a fixé un prix de réserve global
qu'elle garde secret. Si celui-ci est atteint, elle attribuera
automatiquement tous les lots. Si ce n'est pas le cas, elle est libre de
valider ou non les différentes offres.
L'objectif n'est sans
doute pas de venir jouer dans les mêmes eaux que l'Angleterre (1,7
milliard d'euros pour les droits domestiques et internationaux) ou
l'Italie (960 millions). S'approcher de ce que touchent les clubs
espagnols (750 millions) semble en revanche envisageable.
Mais
alors que la guerre des droits entre BeIn et Canal s'est accélérée et se
joue désormais également devant les tribunaux, l'affaire pourrait aussi
faire des dégâts.
La chaîne qatarie, qui a récupéré début mars
les droits sur l'ensemble des matches du Mondial-2014, espère toujours
s'imposer comme la chaîne "premium en sport", comme l'avait expliqué à
l'AFP son directeur de la rédaction Florent Houzot le 13 mars.
De
son côté, Canal doit se défendre sur deux fronts: celui du cinéma et des
séries avec la possible arrivée à l'automne de l'Américain Netflix et
celui du football, son autre coeur de métier, où il ne fait plus
l'unanimité.
Selon différentes sources, plusieurs dirigeants de
club auraient ainsi fait part à la LFP de leur mécontentement face à un
traitement du football français jugé exagérément critique et agressif
sur Canal et trouveraient BeIn "plus bienveillant".
Et la semaine
suivante, le match se déplacera sur la scène européenne: le 7 avril,
c'est l'UEFA qui attend les dossiers des candidats à la diffusion de la
Ligue des champions pour la période 2015-2018.
(AFP)
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