mercredi 22 janvier 2014

Concarneau, les derniers amateurs du Championnat de France... amateur

PATAUGER DANS la gadoue est une routine dont ils se passeraient bien. Samedi matin, alors qu’ils viennent de rentrer d’Avranches, où ils ont subi leur troisième défaite d’affilée en CFA (1-3), tous les Concarnois enchaînent les tours sous la pluie. Enfin, pas tous, puisque le téléphone de Nicolas Cloarec sonne. L’un de ses joueurs l’informe d’une panne de réveil. « O.K., reste chez toi et va courir vingt minutes», lui répond le technicien, davantage fâché par les conditions. « On ne peut pas maintenir des séances de qualité, on est sixièmes mais on était troisièmes avant l’hiver, déplore-t-il. Ça fait trois ans qu’on est en vrac dès qu’il pleut. Je suis dans la peau du petit garçon qui construit son château de sable que la vague vient nettoyer. »

Cloarec sait donc comment utiliser les bénéfices de la Coupe de France, qui représentent plus d’un sixième d’un budget de 580.000€, l’un des plus petits de CFA. Il rêve d’investissements structurels car Concarneau ne fait plus de paris financiers sur les joueurs. Le club ne compte aucun contrat fédéral et cette particularité est une rareté à ce niveau. Connu pour garantir de généreux salaires, il a dû changer il y a cinq ans. « Ce n’était plus jouable, explique le président, Jacques Piriou. On a réorienté notre politique sur la formation et la recherche de joueurs du coin. On place les jeunes dans nos entreprises partenaires.» Il y en a 140 et elles incarnent le principal atout séduction de Concarneau, qui profite aussi de la densité de clubs pros en Bretagne. «C’est un vivier, reconnaît Cloarec (36 ans). Le milieu pro ne s’intéresse pas à ce que les joueurs deviennent une fois qu’on les a écartés. Les jeunes ont tout misé sur le foot et ils ne savent pas ce qu’est le travail. On prend l’aspiration derrière, on leur offre des possibilités de reconversion intéressantes.» Mael Illien les a appréciées quand il n’a pas été retenu par Guingamp. «J’étais payé pour jouer au foot depuis trois saisons, je suis passé du coq à l’âne, raconte le milieu (24 ans). Quand tu joues tous les jours, tu ne te rends pas compte de ce qu’est la vraie vie. Je souhaitais poursuivre mes études et seul Concarneau m’a proposé un projet en alternance.» Ce supporter guingampais travaille pour un opérateur téléphonique. [...]
Ancien pro à Lorient (1996- 2002), Cloarec défend son modèle :«Les joueurs ont les primes (130 € la victoire), les défraiements, un travail. Est-ce qu’ils sont moins bien qu’avec un contrat fédéral de 1 500€ par mois, sans certitude de prolonger? Là, ils peuvent faire des projets, explique l’entraîneur depuis 2009, qui s’était retrouvé au chômage avant de rentrer dans sa ville natale pour s’occuper de la pharmacie de sa femme. Il y a une entreprise et un club à faire tourner, ça fait des belles journées,de 6 heures à 23 heures.» Celles de Guillaume Jannez débutent encore plus tôt. Employé dans une usine de volailles, il travaille dès 5 h 30. «Vendredi, j’ai bossé, fait une sieste, et je suis parti pour le match. Il y a des matins où ça pique un peu mais j’ai posé ma journée pour Guingamp, souffle le défenseur (24 ans), passé par Lorient. Il y a beaucoup d’écart avec d’autres équipes où les joueurs ne font que ça. Même en CFA, on a un peu le sentiment d’être le petit poucet. Mais on a d’autres façons d’obtenir des résultats. » Les liens entre joueurs en sont un exemple. « On a un noyau de dix-huit mecs qui sont là depuis plus de cinq ans, constate le gardien, Ivan Seznec. Il n’y a pas d’histoires de contrat, tout le monde s’entend bien.» Et tout le monde a hâte de recevoir le voisin guingampais dans un petit stade dont Sezneca a acheté 170 des 4000 places…

(L'Equipe)

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Journaliste spécialisé dans l'actualité sportive, j'ai collaboré, entre autres, à So Foot, Libération, Radio France Internationale. Aujourd'hui, je suis particulièrement les politiques sportives au plan national et dans les collectivités locales pour Localtis.