PATAUGER DANS la gadoue est
une routine dont ils se passeraient
bien. Samedi matin, alors
qu’ils viennent de rentrer
d’Avranches, où ils ont subi leur
troisième défaite d’affilée en CFA
(1-3), tous les Concarnois enchaînent
les tours sous la pluie.
Enfin, pas tous, puisque le téléphone de Nicolas
Cloarec sonne. L’un de ses joueurs l’informe
d’une panne de réveil. « O.K.,
reste chez toi et va courir vingt
minutes», lui répond le technicien,
davantage fâché par les
conditions. « On ne peut pas
maintenir des séances de qualité,
on est sixièmes mais on
était troisièmes avant l’hiver,
déplore-t-il. Ça fait trois ans
qu’on est en vrac dès qu’il pleut.
Je suis dans la peau du petit garçon
qui construit son château de
sable que la vague vient nettoyer.
»
Cloarec sait donc comment
utiliser les bénéfices de la Coupe
de France, qui représentent
plus d’un sixième d’un budget de
580.000€, l’un des plus petits de
CFA. Il rêve d’investissements
structurels car Concarneau ne
fait plus de paris financiers sur
les joueurs. Le club ne compte
aucun contrat fédéral et cette
particularité est une rareté à ce
niveau. Connu pour garantir de
généreux salaires, il a dû changer
il y a cinq ans. « Ce n’était
plus jouable, explique le président,
Jacques Piriou. On a réorienté
notre politique sur la formation et
la recherche de joueurs
du coin. On place les jeunes dans
nos entreprises partenaires.» Il y
en a 140 et elles incarnent le
principal atout séduction de Concarneau,
qui profite aussi de la
densité de clubs pros en Bretagne.
«C’est un vivier, reconnaît
Cloarec (36 ans). Le milieu pro ne
s’intéresse pas à ce que les
joueurs deviennent une fois
qu’on les a écartés. Les jeunes
ont tout misé sur le foot et ils ne
savent pas ce qu’est le travail.
On prend l’aspiration derrière, on
leur offre des possibilités de reconversion
intéressantes.» Mael
Illien les a appréciées quand il n’a
pas été retenu par Guingamp.
«J’étais payé pour jouer au foot
depuis trois saisons, je suis passé
du coq à l’âne, raconte le milieu
(24 ans). Quand tu joues tous les
jours, tu ne te rends pas compte
de ce qu’est la vraie vie. Je souhaitais
poursuivre mes études et
seul Concarneau m’a proposé un
projet en alternance.» Ce supporter
guingampais travaille
pour un opérateur téléphonique.
[...]
Ancien pro à Lorient (1996-
2002), Cloarec défend son modèle
:«Les joueurs ont les primes
(130 € la victoire), les défraiements,
un travail. Est-ce qu’ils
sont moins bien qu’avec un contrat
fédéral de 1 500€ par mois,
sans certitude de prolonger? Là,
ils peuvent faire des projets, explique
l’entraîneur depuis 2009,
qui s’était retrouvé au chômage
avant de rentrer dans sa ville natale
pour s’occuper de la pharmacie
de sa femme. Il y a une
entreprise et un club à faire tourner,
ça fait des belles journées,de
6 heures à 23 heures.» Celles de
Guillaume Jannez débutent encore
plus tôt. Employé dans une
usine de volailles, il travaille dès
5 h 30. «Vendredi, j’ai bossé, fait
une sieste, et je suis parti pour le
match. Il y a des matins où ça pique
un peu mais j’ai posé ma
journée pour Guingamp, souffle
le défenseur (24 ans), passé par
Lorient. Il y a beaucoup d’écart
avec d’autres équipes où les
joueurs ne font que ça. Même en
CFA, on a un peu le sentiment
d’être le petit poucet. Mais on a
d’autres façons d’obtenir des résultats.
» Les liens entre joueurs
en sont un exemple. « On a un
noyau de dix-huit mecs qui sont
là depuis plus de cinq ans, constate
le gardien, Ivan Seznec. Il n’y
a pas d’histoires de contrat, tout
le monde s’entend bien.» Et tout
le monde a hâte de recevoir le
voisin guingampais dans un petit
stade dont Sezneca a acheté 170
des 4000 places…
(L'Equipe)
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