vendredi 4 octobre 2013

Pendant les travaux du Vélodrome, le loyer de l’OM est passé de 50 000 euros par match à 50 000 euros... par an

Il devrait régner une ambiance de Ligue des champions lundi matin au conseil municipal de Marseille. Au cours de la séance, on votera des délibérations concernant le programme immobilier autour du stade Vélodrome. Et quelques éclats de voix devraient retentir dans les rangs de l’opposition. Qui va assurément profiter de ces dossiers pour évoquer le récent rapport de la Chambre régionale des comptes à propos du mode de financement du stade Vélodrome. Un PPP, autrement dit un contrat de partenariat avec le groupe Arema (filiale de Bouygues) qui engage la Ville à verser à ce partenaire une redevance annuelle de 12 millions d'euros pendant 35 ans. Une enveloppe qui s’ajoute aux 267 millions d'euros versés par les collectivités, l’Etat (et une partie par Arema).
Le montage est complexe. Mais la conclusion est d’une simplicité enfantine : la Ville reste maître du stade mais elle met la main à la poche pendant des années. Ce qui n’est pas du goût de la Chambre régionale des comptes. Une question se pose alors. La Ville avait-elle le choix ?
Pour le socialiste Patrick Mennucci, qui a fait du Vélodrome un des moteurs de sa campagne électorale, la réponse est évidente: le maire aurait pu vendre le stade. Un avis qui est proche de celui de la CRC qui ne parle pas de vente mais de bail emphythéotique administratif, autrement dit d’une cession du stade pour une longue durée. C’est justement ce que Robert Louis-Dreyfus souhaitait, en 2009. Récupérer le stade, y investir 150 millions d'euros, le rénover et en donner au club la gestion pendant... 99 ans. Niet. La Ville refusa.
Pourquoi ? "Manque de confiance en la structure OM" répondait récemment un membre du club. Il faut dire qu’à l’époque, le président était malade. Puis, selon la Ville, on ne cède pas les bijoux de famille. Comme le Palais du Pharo, le stade appartient au peuple. Ça peut paraître rétrograde mais c’est ainsi. Alors, aujourd’hui dans l’opposition, ils sont nombreux à brandir cette redevance de 12 millions d'euros sur 35 ans qui pourrait étrangler la ville. Mais évidemment, en signant le partenariat avec Arema, le maire a établi une stratégie. C’est l’OM qui doit payer en grande partie cette redevance, à travers son loyer. Un loyer qui jusqu’à présent s’élevait à 1,5 millions d'euros par an, soit environ 50 000 euros par match. On envisage de le faire passer à 8 millions d'euros.Un coup de poignard, entend-on à l’OM qui ne serait absolument pas disposé à s’acquitter de ce loyer, lors de la livraison du stade. Et qui pourrait être en position de force.
Car si l’OM refuse de payer l’addition, que va-t-il se passer ? La Ville peut-elle l’imposer ? Aujourd’hui, ils sont nombreux à dire que le maire aurait dû négocier le loyer avant d’engager les travaux. "Si le maire ne veut pas vendre, s’emporte Patrick Mennucci, il aurait pu au moins convoquer l’OM pour fixer le montant du loyer." Mais si l’on en croit l’entourage de Jean-Claude Gaudin, il n’y aura pas de bras de fer. Maurice Di Nocéra, conseiller municipal chargé du dossier à la Ville, assure au contraire "être au stade à tous les matches et entretenir d’excellentes relations avec le président Labrune". Qui serait même ravi, selon l’élu, du mode de gestion du Vélodrome.
Et c’est vrai que les relations semblent au beau fixe. La Ville, avant de demander une augmentation de loyer, a d’abord décidé de le baisser en cette période de travaux. En gros, le loyer de l’OM est passé de 50 000 euros par match à 50 000 euros... par an! Et les arrangements entre l’OM et la Ville font également grincer des dents la Chambre régionale des comptes. Oui mais voilà, selon la Ville, l’OM perdrait environ 8 millions d'euros par an à cause du chantier, soit 24 millions ces trois dernières années. "La Ville a adapté le loyer aux circonstances" insiste Maurice Di Nocéra. À ce jour, la Ville semble sûre de son coup. Le maire aurait d’ailleurs décidé de taper du poing sur la table lundi. Mais dans ce contexte brûlant, il devra être au meilleur de sa forme pour se faire entendre. C’est qu’on prépare l’artillerie lourde en face.

(La Provence)

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Journaliste spécialisé dans l'actualité sportive, j'ai collaboré, entre autres, à So Foot, Libération, Radio France Internationale. Aujourd'hui, je suis particulièrement les politiques sportives au plan national et dans les collectivités locales pour Localtis.