Il devrait régner une ambiance de Ligue des
champions lundi matin au conseil municipal de Marseille. Au
cours de la séance, on votera des délibérations
concernant le programme immobilier autour du
stade Vélodrome. Et quelques éclats de voix devraient retentir
dans les rangs de l’opposition. Qui va assurément
profiter de ces dossiers pour évoquer le récent
rapport de la Chambre régionale des comptes
à propos du mode de financement du stade
Vélodrome. Un PPP, autrement dit un contrat de
partenariat avec le groupe Arema (filiale de Bouygues)
qui engage la Ville à verser à ce partenaire
une redevance annuelle de 12 millions d'euros pendant
35 ans. Une enveloppe qui s’ajoute aux 267 millions d'euros
versés par les collectivités, l’Etat (et une partie
par Arema).
Le montage est complexe. Mais la
conclusion est d’une simplicité enfantine : la Ville
reste maître du stade mais elle met la main à la
poche pendant des années.
Ce qui n’est pas du goût de la Chambre régionale
des comptes. Une question se pose alors. La
Ville avait-elle le choix ?
Pour le socialiste Patrick
Mennucci, qui a fait du Vélodrome un des moteurs
de sa campagne électorale, la réponse est
évidente: le maire aurait pu vendre le stade. Un
avis qui est proche de celui de la CRC qui ne parle
pas de vente mais de bail emphythéotique administratif,
autrement dit d’une cession du stade
pour une longue durée. C’est justement ce que
Robert Louis-Dreyfus souhaitait, en 2009. Récupérer
le stade, y investir 150 millions d'euros, le rénover et en
donner au club la gestion pendant... 99 ans. Niet.
La Ville refusa.
Pourquoi ?
"Manque de confiance en la structure OM" répondait
récemment un membre du club. Il faut
dire qu’à l’époque, le président était malade.
Puis, selon la Ville, on ne cède pas les bijoux de
famille. Comme le Palais du Pharo, le stade appartient
au peuple. Ça peut paraître rétrograde
mais c’est ainsi.
Alors, aujourd’hui dans l’opposition, ils sont
nombreux à brandir cette redevance de 12 millions d'euros
sur 35 ans qui pourrait étrangler la ville. Mais évidemment,
en signant le partenariat avec Arema,
le maire a établi une stratégie. C’est l’OM qui doit
payer en grande partie cette redevance, à travers
son loyer. Un loyer qui jusqu’à présent s’élevait à
1,5 millions d'euros par an, soit environ 50 000 euros par match. On
envisage de le faire passer à 8 millions d'euros.Un coup de poignard,
entend-on à l’OM qui ne serait absolument
pas disposé à s’acquitter de ce loyer, lors de
la livraison du stade. Et qui pourrait être en position
de force.
Car si l’OM refuse de payer
l’addition, que va-t-il se passer ? La Ville peut-elle
l’imposer ? Aujourd’hui, ils sont nombreux à dire
que le maire aurait dû négocier le loyer avant
d’engager les travaux. "Si le maire ne veut pas vendre,
s’emporte Patrick Mennucci, il aurait pu au
moins convoquer l’OM pour fixer le montant du
loyer." Mais si l’on en croit l’entourage de
Jean-Claude Gaudin, il n’y aura pas de bras de
fer. Maurice Di Nocéra, conseiller municipal
chargé du dossier à la Ville, assure au contraire
"être au stade à tous les matches et entretenir
d’excellentes relations avec le président Labrune".
Qui serait même ravi, selon l’élu, du mode de
gestion du Vélodrome.
Et c’est vrai que les relations
semblent au beau fixe. La Ville, avant de demander
une augmentation de loyer, a d’abord décidé
de le baisser en cette période de travaux. En
gros, le loyer de l’OM est passé de 50 000 euros par
match à 50 000 euros... par an!
Et les arrangements entre l’OM et la Ville font
également grincer des dents la Chambre régionale
des comptes. Oui mais voilà, selon la Ville,
l’OM perdrait environ 8 millions d'euros par an à cause du
chantier, soit 24 millions ces trois dernières années.
"La Ville a adapté le loyer aux circonstances" insiste
Maurice Di Nocéra. À ce jour, la Ville semble
sûre de son coup.
Le maire aurait d’ailleurs décidé de taper du
poing sur la table lundi. Mais dans ce contexte
brûlant, il devra être au meilleur de sa forme
pour se faire entendre. C’est qu’on prépare
l’artillerie lourde en face.
(La Provence)
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