vendredi 15 novembre 2013

Quand British Telecom contribue à la dérégulation... du foot européen

Les tombereaux d’argent déversés sur le football européen ne sont pas près de se tarir. L’inflation semble même être sans limite dans cet univers. L’Union des associations européennes de football, l’UEFA, a réussi, en ces temps de crise, à multiplier par plus de deux le prix des droits de retransmission en Grande-Bretagne des matchs de la Champions League, la compétition la plus relevée du marché européen.
L’appel d’offres pour les trois années à partir de la saison 2015-2016 a été remporté, ce week-end, par l’opérateur britannique de télécommunications BT. En offrant 897 millions de livres (1,07 milliard d’euros) pour pouvoir diffuser en direct ces matchs de foot, l’ex-monopole du téléphone va encourager l’inflation des salaires des joueurs.
Même si son objectif n’est pas de voler au secours du pouvoir d’achat de ces jeunes millionnaires. En mettant de tels montants sur la table, BT déclare la guerre à BSkyB, le champion de la télévision payante par satellite. Encore détenu à 39% par News Corp, le groupe de Rupert Murdoch, le CanalSat britannique avait bâti son succès commercial et sa rentabilité exceptionnelle sur la diffusion exclusive des matchs de foot auprès de ses abonnés.
Alors qu’en France, Orange a rétropédalé après une incursion sur ce marché astronomiquedes droits du foot, BT est aujourd’hui dans une stratégie prédatrice. Déjà en juin 2012, il avait mis fin au monopole que BSkyB exerçait sur le célèbre championnat anglais, la Premier League, depuis sa création en 1992. L’opérateur télécoms a lancé cet été trois chaînes sportives gratuites et a déjà contraint BSkyB à baisser ses prix. Mais en offrant à ses abonnés à l’Internet haut débit des matchs du Bayern de Munich de Franck Ribéry comme ceux du Manchester United de Wayne Rooney ou du PSG de Zlatan Ibrahimovic, BT compte gagner de nouveaux clients et limiter le turnover,cette coûteuse rotation du portefeuille d’abonnés.
Le débat sur le prix s’annonce sans fin.BT a-t-il trop payé ce ticket d’entrée ? Probablement. Mais alors que l’opérateur de télévision par satellite était venu sur ses plates-bandes en lançant des offres d’accès à Internet haut débit, tandis que le câblo-opérateur Virgin Media a depuis longtemps fait converger ses offres de tuyaux (l’accès à Internet) et de contenus (la télévision payante), BT ne pouvait rester à l’écart de ces stratégies commerciales.
Pour l’heure, c’est BSkyB qui se retrouve sur la défensive. Ses actions ont chuté de 11 %, lundi 11 novembre, à la Bourse de Londres. La fidélité de ses 11 millions de clients qui payent 500 livres par an (près de 600 euros) va être mise à rude épreuve au pays du ballon rond. La guerre commerciale s’annonce aussi rude que les mauvais coups sur le gazon. Et la présence de la chaîne qatarie beIn Sport dans le paysage européen n’est pas de nature à ralentir la flambée des prix.

(Le Monde)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Journaliste spécialisé dans l'actualité sportive, j'ai collaboré, entre autres, à So Foot, Libération, Radio France Internationale. Aujourd'hui, je suis particulièrement les politiques sportives au plan national et dans les collectivités locales pour Localtis.