A quoi bon organiser une coupe du monde de foot pour sortir
piteusement après trois défaites sèches ? Le risque est grand, mais le
Qatar met tout en oeuvre pour échapper à ce scénario-catastrophe en
2022.
La tâche a été confiée à Ivan Bravo, ex-directeur de la
stratégie au Real Madrid, désormais à la tête de "l'Académie Aspire" de
Doha où se presse tout ce que l'émirat compte de footballeurs un tant
soit peu talentueux.
Son projet: "essayer de produire des joueurs
de calibre international dans un si petit pays", qui peine à exister en
Asie mais accueillera en 2022 la compétition la plus populaire de la
planète.
Sa stratégie : se concentrer sur les 14-18 ans, future
"colonne vertébrale" de l'équipe nationale qatarie. Sa méthode:
multiplier les contacts avec les meilleurs. Et y croire mordicus.
"Il
faut choisir les bons joueurs et les entraîner tous les jours en les
faisant jouer avec d'autres bons joueurs", résume Bravo dans un
entretien avec l'AFP.
Les gamins du Real Madrid, Barcelone,
Manchester United ou le Bayern Munich se succèdent donc dans l'émirat.
"Ca nous fournit l'environnement de compétition adéquat pour poursuivre
notre développement".
L'académie est un joyau,
un immense complexe dédié à la performance. Si l'émirat investit à tour
de bras dans les évènements sportifs et les clubs européens, il veut
aussi exister sur le pré.
Le cheikh Hamad Bin Khalifa Bin Ahmed Al Thani, président de la fédération qatarie de foot, l'avait annoncé dès 2011 : "L'objectif est de participer à une édition de la coupe du monde avant 2022".
C'est
raté pour 2014: au 4e tour des qualifications pour le Brésil, le Qatar a
perdu cinq matches sur huit, finissant 4e d'un groupe où il affrontait
l'Iran, la Corée du Sud, l'Ouzbékistan et le Liban. Reste la
Russie -2018.
Forcément, les sceptiques ricanent et affirment que
l'émirat n'existera jamais sur la planète football, quels que soient ses
investissements pharaoniques nourris au biberon du pétrole et du gaz.
Tout au plus pourra-t-il naturaliser des étrangers, notamment africains,
qui évoluent dans le championnat qatari.
Faux, rétorque Ivan
Bravo. "Personne n'obtiendra de passeports". Et s'il s'autorise d'avance
une ou deux exceptions, il rappelle que l'Espagne tend les bras à
l'attaquant de l'Athletico Bilbao (sic) né au Brésil, Diego Costa.
"Est-ce que l'argent est la solution
pour tout ? Non. Mais c'est bien d'avoir les ressources pour dépasser
quelques difficultés", insiste l'Espagnol.
Sur les pelouses
immaculées de l'académie, des gamins de tous âges s'entraînent sous
l'égide de coaches étrangers et le regard de parents enfiévrés.
Méthode,
organisation, enthousiasme. Il y a quelques années, le fossé était
clair avec les enfants des grands clubs, physiquement et sur "la
compréhension du jeu, le quotient intellectuel footballistique", se
souvient Bravo.
Mais le vent souffle dans le bon sens. Les moins
de 16 ans ont tout récemment écrasé Mönchengladbach 7 à 1. Et l'équipe
nationale des moins de 19 ans a battu les Brésiliens de moins de 20 ans.
Bravo sait combien la frontière est ténue entre succès et échec,
entraînement et compétition, investissement et résultat. Mais il s'est
approprié les ambitions qataries. "Nous allons travailler humblement.
Cela ne signifie pas que nous sommes aussi bons que le Brésil",
assure-t-il.
Une équipe nationale a besoin d'un coach et de
"joueurs arrivant à maturité au bon moment", admet-il. Mais ces bons
résultats représentent "un signal que nous pouvons lutter contre
n'importe quelle équipe".
Et il jure que la petite taille du
Qatar - 2,1 millions d'habitants dont seulement 300.000 nationaux -
brandie par tant d'observateurs comme sa faiblesse rédhibitoire, est en
fait sa grande force.
"C'est un petit pays, donc c'est plus
facile de vraiment canaliser les ressources et de fixer des priorités
(...). Vous voyez beaucoup de résultats tangibles".
Et de
désigner son usine à champions. "Ca a été construit en 2 ans et demi. En
Espagne il aurait probablement fallu quatre ans".
(AFP)
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