samedi 28 décembre 2013

Thomas Savare, président du Stade français : "Il n’y a pas la solidarité nécessaire entre les clubs"

Thomas Savare, président du Stade français, vous n’êtes pas élu à la LNR car vous ne pouviez justifier de deux ans de licence au sein d’un club professionnel lors de la dernière élection. Mais vous siégez dans diverses commissions de la Ligue. Comment vivez-vous les différents soubresauts intervenus ces derniers temps ?
Entre les Coupes d’Europe, les droits télés, la convention avec la FFR, il y a beaucoup d’actualité chaude à la Ligue (large sourire). C’est compliqué de travailler à la Ligue parce que tous les clubs sont concernés, mais pas forcément impliqués. Il est d’ailleurs impossible d’impliquer tout le monde de façon détaillée dans les dossiers, probablement par manque d’implication et par manque de connaissance des dossiers. Ce qui est regrettable. Il n’y a pas la solidarité nécessaire entre les clubs lorsqu’il s’agit de défendre nos intérêts.
On vous prête une position très forte vis-à-vis de l’organisation des prochaines Coupes d’Europe. Vrai ou faux ?
C’est vrai ! J’estime que la Fédération a fait un chantage odieux à la Ligue. Le renouvellement de la convention et l’organisation des Coupes d’Europe sont deux dossiers très différents. La convention portait principalement sur la mise à disposition des joueurs français. Quant à la Coupe d’Europe, il s’agissait de statuer sur un consensus trouvé en Europe, mais sur lequel le président de la FFR n’était pas d’accord. Voilà pourquoi j’ai affirmé ma position clairement.
Quel est le modèle idéal pour les futures compétitions européennes ?
L’objet des négociations qui ont lieu depuis plus de deux ans maintenant, c’est de réorganiser le format sportif des compétitions. On y est arrivé. C’est de réformer la répartition financière entre les différentes Ligues tout en assurant les besoins de la Ligue celte dont on sait qu’elle est extrêmement dépendante de la Coupe d’Europe. On y est arrivé aussi. Et de réformer la gouvernance de ces Coupes d’Europe. Pour le coup, il me semble logique que les Ligues soient en charge des aspects d’organisation et des aspects commerciaux de ces compétitions. Maintenant, il est sûr qu’un organisme de tutelle fédérale s’impose. Quel est cet organisme de tutelle ? À la limite, ce n’est pas le sujet. Que ce soit l’ERC, un autre ERC, les 6 Nations, la Fira, l’IRB, peu importe. C’est un combat qui ne nous concerne pas. Et j’ai la sensation aujourd’hui que les ligues et les clubs sont pris en otages dans une querelle entre Fédérations.
Pensez-vous tout de même que les Coupes d’Europe se disputeront la saison prochaine ?
Je n’en ai aucune idée, mais je pense possible qu’il n’y ait pas de Coupe d’Europe l’an prochain. Pourtant, la Ligue a fait machine arrière et les clubs français se sont engagés à disputer la Coupe d’Europe… La Ligue a fait un énorme pas en arrière en cédant au chantage. Maintenant, cela ne signifie pas que ce combat est perdu. L’histoire n’est pas terminée. La LNR a demandé deux choses : que la gouvernance sur l’organisation et la gestion des droits marketing et télés soit confiée aux trois ligues, ce qui fait consensus au sein de la plupart des fédérations ; et que les clubs anglais soient présents pour disputer la Coupe d’Europe. Jouer la Coupe d’Europe sans les Anglais, ça n’a pas de sens. Malheureusement, nous sommes déjà fin décembre. Il serait temps qu’on avance...
Le président du Stade toulousain René Bouscatel a présenté sa démission du comité directeur de la LNR en raison de la nouvelle convention entre la FFR et la LNR votée par les deux institutions. Quel est votre sentiment sur cette convention ?
Très franchement, les concessions ont été unilatérales, de la Ligue vers la FFR. Pour autant, je ne partage pas totalement l’opinion de René Bouscatel. Ces concessions ne sont pas phénoménales et ne sont pas de nature à changer l’équité du championnat. Je ne veux pas dramatiser l’évolution de cette convention. Je crois que la Ligue a fait des efforts en partant du principe que le staff de l’équipe de France sera capable d’appliquer cette convention avec intelligence. J’espère que ce sera le cas, mais je suis un peu inquiet au regard de la façon dont le staff des Bleus a appliqué la règle 9 de l’IRB pendant les tests du mois de novembre. Si cette convention n’est pas appliquée avec intelligence par le staff du XV de France, elle ne le sera pas non plus par les staffs des clubs de Top 14 pourvoyeurs d’internationaux.
Mais pensez-vous que la signature de cette convention puisse remettre en cause certaines mesures comme le salary cap ou les quotas Jiff ?
Non car la réalité de la convention, c’est qu’il n’y a pas plus de mise à disposition des internationaux français en nombre de semaines par saison que dans la précédente convention. Le changement intervient sur la limitation des trente matchs. Or, au regard des précédentes saisons, je pense que c’est parfaitement gérable. Maintenant, c’est un paramètre à prendre en considération dans les futurs recrutements. Quant à l’évolution sur le salary cap, il a été voté pour une période de trois ans. J’y suis complètement favorable car il en va de la survie du rugby français. On a vu qu’on ne pouvait pas compter sur l’aspect raisonnable des présidents de club, moi le premier d’ailleurs, parce que l’objectif est de construire une équipe toujours plus forte. Il faut donc bien fixer des limites. Je pense que l’intérêt est d’avoir un championnat compétitif où plusieurs équipes rivalisent pour le titre chaque année. Et non pas, une ou deux formations seulement. Quant au système des Jiff, tout n’est pas encore parfaitement déterminé sur l’évolution de la réglementation. Elle se partage entre un fonctionnement répressif et un fonctionnement incitatif. Le système anglais fonctionne particulièrement bien car il y a une bonne coopération entre la Ligue et la Fédération anglaise. On ferait donc mieux d’aller dans le sens d’un système purement incitatif.
En clair, vous dites que les présidents de club sont déraisonnables lorsqu’ils vont chercher des joueurs dans l’hémisphère Sud pour les payer très cher ?
Ce n’est jamais raisonnable d’avoir des dépenses qui ne sont pas en adéquation avec les recettes. Or, les recettes ne sont pas extensibles. Si on ne met pas une limite sur la masse salariale, le risque est grand, à l’avenir, de retrouver des clubs structurellement déficitaires pour s’être laissés aller à investir en espérant être champions de France ou d’Europe pour faire augmenter leurs recettes.
Vous disiez que le rugby français devait maintenir l’équité sportive de sorte à ce que plusieurs équipes puissent prétendre au titre chaque saison. Pourtant, n’êtes-vous pas favorable à un Top 12 ?
Si, je suis favorable à un Top 12, ne serait-ce que pour un problème de calendrier. Nous sommes le seul sport au monde à marcher sur la tête et à faire jouer les clubs en même temps que l’équipe nationale. Le système est aberrant. Et je pense qu’on peut résoudre une petite partie du problème en réduisant le nombre de clubs parmi l’élite.
Vous étiez membre du comité de pilotage chargé d’étudier la question des droits télés. Quel est votre sentiment après la plainte de Canal + contre la LNR ?
Je ne veux pas m’exprimer sur ce sujet. Un appel d’offres est en cours, nous attendons les réponses des chaînes de télévision intéressées le 13 janvier.
On vous dit très apprécié à la Ligue et plusieurs membres du comité directeur auraient déjà émis le souhait de vous voir succéder à René Bouscatel, une fois sa démission entérinée. Maintenant que vous en avez le droit, pourriez-vous être tenté de vous présenter à une élection partielle au comité directeur de la LNR ?
(Il souffle longuement) J’essaie tant bien que mal de consacrer du temps à la Ligue, ce n’est pas facile. Je consacre du temps à certains dossiers qui sont très intéressants et structurants, mais je ne suis pas certain de pouvoir faire plus que ça. Et puis, si je suis apprécié, c’est peut-être parce que, justement, je ne suis pas élu.

(Midi olympique)

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Journaliste spécialisé dans l'actualité sportive, j'ai collaboré, entre autres, à So Foot, Libération, Radio France Internationale. Aujourd'hui, je suis particulièrement les politiques sportives au plan national et dans les collectivités locales pour Localtis.