En jugeant le Stade Chaban-Delmas propice au développement de
Bordeaux-Bègles, le maire de Bordeaux Alain Juppé a inscrit l'avenir du
club de rugby à l'agenda des élections municipales, au grand dam de son
homologue de Bègles Noël Mamère.
"Les promesses n'engagent que
ceux qui y croient" mais quand on est passionné de rugby en Gironde, que
ce sport supplante depuis deux ans le football en terme d'affluence,
l'annonce faite il y a dix jours par l'ancien Premier ministre
(1995-1997) a autant surpris que soulagé.
D'abord réticent à
l'idée coûteuse de pérenniser la vie du vieux stade Chaban-Delmas
(33.000 places), inauguré en 1938, alors que le Grand stade (43.000
places) doit être livré dans le quartier du Lac en avril 2015, Alain
Juppé a changé son fusil d'épaule, à portée du premier tour des
municipales.
Interrogé par France Bleu Gironde, il a expliqué "se
rendre compte qu'il serait sans doute possible de conserver à Lescure,
appelons ce site ainsi, un stade de 15 à 20.000 places en réaménageant
le reste du site pour l'ouvrir sur le quartier".
"L'UBB
pourrait jouer en alternance les matchs +classiques+ sur ce Chaban
rénové et les grands matchs au Grand stade parce que ça lui apportera
beaucoup de recettes de billetterie", a-t-il poursuivi.
Du coup,
il a coupé l'herbe sous le pied de son challenger socialiste, Vincent
Feltesse, président actuel de la Communauté urbaine de Bordeaux (CUB),
partisan depuis longtemps de l'installation des joueurs de l'UBB à
"Chaban".
Vincent Feltesse n'avait d'ailleurs pas hésité à
mouiller le maillot le 1er mars lors de la venue de Clermont (31.300
spectateurs), en organisant une distribution de tracts aux entrées du
stade.
Il a aussi fait sortir de ses gonds Noël Mamère (ex-EELV),
candidat à sa propre succession à Bègles où il rêve d'une enceinte
moderne de 18.000 places à la place du vétuste stade André-Moga (9.200
places dont beaucoup debout), qui a accueilli 5 matches de Top 14 cette
saison et où s'entraîne quotidiennement l'UBB, sans en avoir le
financement évalué à 30 millions d'euros.
"Toutes ces hypothèses
sont fumeuses et je demande qu'on arrête d'hystériser le débat du rugby
pour des raisons électorales", a ainsi déclaré Noël Mamère à Sud Ouest
juste après cette annonce.
Au milieu de tout cela, l'UBB (9e du
Top 14) peut respirer, elle qui s'est approprié Chaban avec huit
délocalisations et remplit allégrement ce stade depuis son apparition
dans l'élite en 2011 (2e affluence du Top 14 à domicile). Elle qui
répète sans cesse, par la voix de son président Laurent Marti, que "sans
Chaban, économiquement, on est mort".
Car au-delà de la bataille
de clochers via stades interposés, c'est bien l'existence de l'Union
qui est en jeu, et le fait que son avenir soit abordé dans cette
campagne électorale prouve bien son essor et la place qu'elle a prise
dans la vie de la métropole.
Avec un budget (13 millions d'euros,
14,5 annoncés la saison prochaine) plutôt moyen dans le concert du Top
14, et même si des projets novateurs (UBB Grands Crus de vin de
Bordeaux) fleurissent pour conquérir de nouveaux partenaires freinés par
la Loi Evin sur la publicité pour des produits alcoolisés, l'UBB ne
peut s'offrir une crise de croissance liée à ses lieux de jeu alors
qu'une qualification pour les barrages pourrait égayer sa fin de saison.
"Souhaitons qu'un compromis soit trouvé entre les décideurs
politiques qui composent le paysage local afin de faire de Chaban-Delmas
un stade d'au moins 20.000 places équipé de loges et d'une salle de
réception pouvant accueillir nos nombreux partenaires, et du stade
André-Moga un centre d'entraînement et de formation digne des plus
grands clubs", a ajouté Laurent Marti, en partie rassuré.
(AFP)
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