jeudi 14 novembre 2013

Sedan, le PSG du CFA2

Tombé bien bas cet été, le club ardennais, surdimensionné pour son Championnat, est en train de retrouver de l’allant, sur le terrain et en dehors.
Un sanglier ne meurt jamais. Cette devise n’est pas encore celle du CSSA, mais lui correspond bien. Au bord du précipice en fin de saison dernière, financièrement et sportivement, le club sedanais a certes abandonné le monde professionnel, mais il n’a pas disparu. Depuis le rachat par les frères Gilles et Marc Dubois, deux chefs d’entreprise exerçant dans le tourisme, la santé et l’immobilier, Sedan a retrouvé un peu de tranquillité. Si le sportif est à reconstruire, l’aventure en CFA2 ressemble au scénario parfait, avec une première place et un début de saison de rêve : six matches, six victoires, 19 buts marqués et aucun encaissé. Avec 2 millions € de budget, le club ardennais s’est donné les moyens de gravir les échelons afin de ne pas s’attarder aussi bas sur l’échelle fédérale. Quand on sait qu’un budget moyen à ce niveau est de l’ordre de 300 000 à 400 000 €, Sedan a tout du PSG du CFA2. «On a une équipe de CFA-National, admet Gilles Dubois, le président. Ce serait une déception de ne pas monter. On est encore un club pro dans l’esprit. Les joueurs s’entraînent tous les jours et ne travaillent pas à côté.» Un luxe à ce niveau.
Ces conditions ont convaincu certains joueurs référencés de tenter l’aventure, Vardin (finaliste de la Coupe de France 2012 avec Quevilly), Maeyens (une apparition en L2 avec Auxerre la saison dernière), Rocchi et Lesueur (une vingtaine de matches en pros chacun à Bastia et AC Ajaccio)... Clevid Dikamona est de ceux-là. Ce défenseur de vingt-trois ans évoluait l’an dernier à Fréjus-Saint-Raphaël, écarté de la montée en Ligue 2 à la dernière journée. «J’ai hésité, car rien n’était bouclé sur l’avenir du club, se souvient-il. Un club étranger me “harcelait”, mais j’ai choisi de venir à Sedan. C’est un peu difficile, mais ça va me forger le caractère, je vais m’endurcir.» Les installations dignes d’un club pro ont aidé à le convaincre. «Ici, il n’y a qu’en regardant le nom de l’adversaire le week-end que tu te rends compte que tu joues en CFA2.»
Si le club a dû repartir de si bas, son âme n’a pas disparu, bien au contraire. Des centaines de supporters se pressent aux abords du stade Louis-Dugauguez et font également les déplacements. «Ils ont tellement eu peur que cela se finisse brutalement qu’ils ont pris le CFA2 comme une bouée de sauvetage. Certains n’avaient plus fait de déplacement depuis la L1. Une espèce d’osmose s’est créée.»
Au point d’accueillir 3 000 personnes lors du premier match face au voisin rémois. « Et 400 spectateurs se sont déplacés en bus à Saint-Quentin (NDLR: à 194 kilomètres)», prolonge le président Dubois. Un constat confirmé par Margaux Meurice, attachée de presse bénévole du club qui continue à animer les réseaux sociaux sedanais. Cette même Margaux Meurice juge que cette chute en CFA2 «est un mal pour un bien. Une dynamique s’est installée et on retrouve l’ambiance des années 2000 quand tout le monde venait à Émile-Albeau (l’ancienne enceinte). En L2, des pros ne se rendaient pas compte que les supporters sont des petites gens qui économisent pour se payer l’abonnement. Ces dernières années, les fans estimaient ne plus avoir de reconnaissance. Aujourd’hui, à la fin des matches, les joueurs dansent avec eux. Au lieu de faire coucou derrière une vitre teintée, ils s’arrêtent et discutent une demi-heure.»
Dikamona et ses coéquipiers ont bien compris que le peuple sedanais était un élément indispensable au renouveau du club. «L’un d’eux m’a dit une fois: “Si on m’enlève le foot, ma vie, c’est plus rien.” J’ai connu Caen et Le Havre, où il y a des supporters, mais là, c’est extraordinaire. Il y en a même qui viennent à l’entraînement», s’étonne le défenseur.
Pour rendre hommage à cette fidélité, le groupe sedanais a décidé de financer deux longs déplacements pour les inconditionnels en fin d’année. «Le pouvoir d’achat est réduit à Sedan. Les joueurs vont payer de leur poche une partie et nous une autre», se réjouit Gilles Dubois. Un président qui rêve de voir son équipe réaliser un bon parcours en Coupe de France. «Le club et la Coupe, c’est une histoire d’amour. On l’a gagnée deux fois (en 1956 et 1961). Les joueurs savent que, si on passe plusieurs tours, on recevra des équipes pros chez nous, ça les motive énormément. Aujourd’hui, on passe pour le gros chez le petit, moi, j’aspire à être le petit chez le gros et à réaliser des surprises.» Au 7e tour, enfin de semaine, le CSSA se testera face à Créteil (Ligue 2). Premier exploit en vue ?

(France football)

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Journaliste spécialisé dans l'actualité sportive, j'ai collaboré, entre autres, à So Foot, Libération, Radio France Internationale. Aujourd'hui, je suis particulièrement les politiques sportives au plan national et dans les collectivités locales pour Localtis.