Tombé bien bas cet été, le club ardennais, surdimensionné pour son Championnat,
est en train de retrouver de l’allant, sur le terrain et en dehors.
Un sanglier ne meurt jamais. Cette
devise n’est pas encore celle du
CSSA, mais lui correspond bien.
Au bord du précipice en fin de
saison dernière, financièrement
et sportivement, le club sedanais a certes
abandonné le monde professionnel, mais il n’a
pas disparu. Depuis le rachat par les frères Gilles
et Marc Dubois, deux chefs d’entreprise exerçant
dans le tourisme, la santé et l’immobilier, Sedan
a retrouvé un peu de tranquillité. Si le sportif est
à reconstruire, l’aventure en CFA2 ressemble
au scénario parfait, avec une première place
et un début de saison de rêve : six matches,
six victoires, 19 buts marqués et aucun encaissé.
Avec 2 millions € de budget, le club ardennais s’est
donné les moyens de gravir les échelons afin de
ne pas s’attarder aussi bas sur l’échelle fédérale.
Quand on sait qu’un budget moyen à ce niveau
est de l’ordre de 300 000 à 400 000 €, Sedan
a tout du PSG du CFA2. «On a une équipe de
CFA-National, admet Gilles Dubois, le président.
Ce serait une déception de ne pas monter. On est
encore un club pro dans l’esprit. Les joueurs
s’entraînent tous les jours et ne travaillent pas
à côté.» Un luxe à ce niveau.
Ces conditions ont
convaincu certains joueurs référencés de tenter
l’aventure, Vardin (finaliste de la Coupe de France
2012 avec Quevilly), Maeyens (une apparition en
L2 avec Auxerre la saison dernière), Rocchi et
Lesueur (une vingtaine de matches en pros
chacun à Bastia et AC Ajaccio)...
Clevid Dikamona est de ceux-là.
Ce défenseur de vingt-trois ans
évoluait l’an dernier à Fréjus-Saint-Raphaël, écarté de la
montée en Ligue 2 à la dernière
journée. «J’ai hésité, car rien
n’était bouclé sur l’avenir du
club, se souvient-il. Un club
étranger me “harcelait”, mais j’ai choisi
de venir à Sedan. C’est un peu difficile, mais
ça va me forger le caractère, je vais m’endurcir.» Les installations dignes d’un club pro ont aidé à
le convaincre. «Ici, il n’y a qu’en regardant le nom
de l’adversaire le week-end que tu te rends
compte que tu joues en CFA2.»
Si le club a dû
repartir de si bas, son âme n’a pas disparu, bien
au contraire. Des centaines de supporters se
pressent aux abords du stade Louis-Dugauguez
et font également les déplacements. «Ils ont
tellement eu peur que cela se finisse brutalement
qu’ils ont pris le CFA2 comme une bouée de
sauvetage. Certains n’avaient plus fait de
déplacement depuis la L1. Une espèce d’osmose
s’est créée.»
Au point
d’accueillir 3 000 personnes lors
du premier match face au voisin
rémois. « Et 400 spectateurs se
sont déplacés en bus à Saint-Quentin (NDLR: à
194 kilomètres)», prolonge le
président Dubois. Un constat confirmé
par Margaux Meurice, attachée de presse
bénévole du club qui continue à animer les
réseaux sociaux sedanais. Cette même Margaux
Meurice juge que cette chute en CFA2 «est un
mal pour un bien. Une dynamique s’est installée
et on retrouve l’ambiance des années 2000 quand
tout le monde venait à Émile-Albeau (l’ancienne
enceinte). En L2, des pros ne se rendaient pas
compte que les supporters sont des petites gens
qui économisent pour se payer l’abonnement. Ces
dernières années, les fans estimaient ne plus avoir
de reconnaissance. Aujourd’hui, à la fin des
matches, les joueurs dansent avec eux. Au lieu de
faire coucou derrière une vitre teintée, ils
s’arrêtent et discutent une demi-heure.»
Dikamona et ses coéquipiers ont bien compris
que le peuple sedanais était un élément
indispensable au renouveau du club. «L’un d’eux
m’a dit une fois: “Si on m’enlève le foot, ma vie,
c’est plus rien.” J’ai connu Caen et Le Havre, où
il y a des supporters, mais là, c’est extraordinaire.
Il y en a même qui viennent à l’entraînement»,
s’étonne le défenseur.
Pour rendre hommage
à cette fidélité, le groupe sedanais a décidé
de financer deux longs déplacements pour
les inconditionnels en fin d’année. «Le pouvoir
d’achat est réduit à Sedan. Les joueurs vont payer
de leur poche une partie et nous une autre»,
se réjouit Gilles Dubois. Un président qui rêve
de voir son équipe réaliser un bon parcours en
Coupe de France. «Le club et la Coupe, c’est une
histoire d’amour. On l’a gagnée deux fois (en 1956
et 1961). Les joueurs savent que, si on passe
plusieurs tours, on recevra des équipes pros chez
nous, ça les motive énormément. Aujourd’hui,
on passe pour le gros chez le petit, moi, j’aspire
à être le petit chez le gros et à réaliser des
surprises.» Au 7e tour, enfin de semaine, le CSSA
se testera face à Créteil (Ligue 2). Premier exploit
en vue ?
(France football)
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