L'armée brésilienne va de nouveau prêter main forte à la police de Rio pour renforcer le dispositif sécuritaire dans cette ville à moins de trois mois du Mondial de football et après une vague d'attaques contre la police.
Le
gouverneur de Rio Sergio Cabral a annoncé lundi que la présidente Dilma
Rousseff avait accepté sa demande d'instaurer la "Garantie de la Loi et
de l'Ordre" dans l'ensemble des favelas du Complexo da Maré, pas encore
"pacifié" par la police. Cette disposition permet aux militaires
d'assurer la sécurité publique et d'agir comme la police dans les rues.
"C'est
un pas décisif dans notre politique consistant à avancer toujours plus
en matière de sécurité; il s'agit d'une zone stratégique pour Rio", une
des 12 villes hôtes du Mondial (12 juin-13 juillet), qui accueillera notamment la
finale, a affirmé le gouverneur à l'issue d'une réunion avec le ministre
de la Justice Eduardo Cardozo et le chef de l'Etat-major des Forces
armées, le général José Carlos de Nardi.
La décision d'occuper le
Complexo da Maré, qui regroupe 16 favelas près de l'aéroport
international et des trois principales voies d'accès au centre-ville,
intervient après une série d'attaques du crime organisé ayant récemment
visé policiers et Unités de police pacificatrice (UPP) qui occupent les
favelas "pacifiées".
Le gouverneur de Rio a expliqué que dans le
Complexo da Maré, "où vivent 100.000 personnes, il y a des armes, de la
drogue, des voitures et des motos volées et des criminels qui s'y
réfugient comme si c'était leur territoire".
De nombreuses favelas
qui se trouvaient depuis trente ans sous le joug de trafiquants de
drogue ou de milices ont été occupées à partir de 2008 par la police,
qui a installé à ce jour 38 UPP dans 174 favelas surveillées par 9.500
policiers.
Mais depuis janvier, huit policiers ont été tués dans
des attaques attribuées au crime organisé, dont quatre membres d'UPP.
Samedi, un policier a encore été tué par balle à Magalhaes Bastos, une
favela de la zone ouest.
Le gouverneur de Rio a indiqué que l'armée occuperait le Complexo
da Maré, dans une opération similaire à l'occupation du Complexo do
Alemao fin 2010.
"La différence est que notre entrée dans l'Alemao
ne faisait pas partie de notre programme de pacification, elle a été
anticipée; alors que pour la Maré c'était prévu. La 39e UPP sera
installée au second semestre", avec 1.500 policiers, a expliqué le
gouverneur.
L'offensive au Complexo de Alemao (300.000 habitants),
d'une envergure jamais vue à Rio, s'était produite une semaine après le
début de violences et affrontements armés entre trafiquants de drogue
et policiers qui avaient fait 35 morts.
Quelque 2.600
parachutistes, fusiliers marins, membres des forces d'élite de la police
et policiers militaires, appuyés par des blindés et des hélicoptères,
avaient alors été mobilisés.
"Le gouvernement fédéral soutient une
fois de plus le gouvernement de Rio dans cet affrontement avec le crime
organisé; les favelas du Complexo da Maré sont une question
prioritaire", a déclaré lundi, le ministre de la Justice Eduardo
Cardozo.
Les militaires occuperont Complexo da Maré, "tant que ce sera nécessaire", a-t-il souligné.
Le
ministre et le gouverneur n'ont fourni aucun détail sur les effectifs
qui seront déployés, les armes qui seront utilisées et la date
d'occupation.
Pour un expert de ces questions à l'Université
fédérale de Rio, Michel Misse, ce renfort de l'armée "ne signifie pas un
échec de la police locale".
"La Maré est un ensemble de favelas
très complexe comme l'Alemao où l'on a aussi eu recours aux forces
militaires (...) C'est également une démonstration de force pour
diminuer les risques encourus par les policiers, un élément symbolique
pour montrer la force de l'Etat sur les criminels", a-t-il expliqué.
"On
ne pense pas au Mondial, on pense au citoyen de Rio, aux policiers
lâchement assassinés (...) Notre réponse au trafiquants est d'occuper
plus de territoire, de leur faire perdre du territoire. (...) Nous
allons montrer que l'Etat de Rio est plus fort et que l'Etat brésilien
est plus fort", s'est exclamé le secrétaire à la sécurité de Rio, José
Mariano Beltrame.
(AFP)
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