Des monoplaces au losange prêtes à vrombir à nouveau sur les
circuits: Renault a lancé lundi le processus d'acquisition de l'écurie
Lotus, première étape d'un retour plein et entier du groupe français en
Formule 1 à l'horizon 2016.
Renault et Gravity Motorsports,
filiale sportive du fonds d'investissement luxembourgeois propriétaire
de l'équipe, Genii Capital, ont signé "une lettre d'intention portant
sur l'acquisition potentielle par Renault d'une participation
majoritaire dans le capital du Lotus F1 Team", a précisé le constructeur
dans un communiqué.
Cette annonce était très attendue depuis
l'ouverture des discussions entre Renault et Genii Capital, en mai/juin.
Notamment par les 400 salariés du Lotus F1 Team dont les salaires
d'août ont été payés grâce à un versement anticipé de Bernie Ecclestone,
promoteur historique de la F1 et patron de Formula One Management
(FOM).
Cette signature "marque le premier pas vers le projet d'une
écurie Renault en Formule 1 en 2016, poursuivant ainsi 38 ans
d'engagement de la marque" dans cette discipline, a ajouté Renault. Une
référence à l'époque glorieuse de la marque française en F1.
Renault
a en effet "inventé" le premier moteur turbo de F1, lancé en 1977 dans
une monoplace jaune entrée dans les annales. Et l'écurie Renault F1 a
conquis quatre titres mondiaux (pilotes et constructeurs), en 2005 et
2006, grâce à l'Espagnol Fernando Alonso. Cette même écurie a ensuite
été rachetée complètement fin 2010 par l'homme d'affaires Gérard Lopez,
via Genii Capital, puis rebaptisée Lotus.
Grâce à un champion du
monde finlandais, Kimi Räikkönen, Lotus a terminé 4e du Championnat du
monde des constructeurs en 2012 et 2013, avec des moteurs Renault. Puis
la saison 2014 catastrophique, en raison principalement de son moteur
français, a incité Lotus à se rabattre sur des moteurs Mercedes pour
2015, alors que Lopez faisait des économies et prenait du recul.
- Sursis à Londres -
Renault, toujours motoriste cette saison des écuries Red Bull et
Toro Rosso, indique aussi vouloir travailler avec Gravity "dans les
prochaines semaines, pour transformer cette lettre d'intention en accord
définitif, sous réserve que tous les termes et conditions entre eux et
avec les parties prenantes se concrétisent".
Le rachat d'une
écurie de F1 est en effet un processus compliqué, surtout s'il y a
changement de nom: celui-ci dépend de règlements très stricts, de
contrats commerciaux à long terme et nécessite, dans certains cas bien
précis, l'accord unanime des écuries rivales.
Genii Capital ayant
coupé les vivres, Lotus traverse actuellement de grosses difficultés
financières, qui ont retardé la conclusion d'un accord avec Renault. Ce
week-end au GP du Japon, ses membres n'ont pas pu accéder à leur
bungalow, dans le paddock, en raison d'une facture impayée.
Lundi,
quelques heures après l'annonce de la lettre d'intention de Renault, un
juge de la Haute Cour de Londres a accordé un sursis de dix semaines à
l'écurie anglo-luxembourgeoise, jusqu'au 7 décembre, contre la promesse
d'un versement de 3,6 M EUR, cette semaine, à l'administration fiscale
britannique.
Fin juin à Londres, le PDG du groupe, Carlos Ghosn,
avait affirmé que la présence de Renault en Formule 1 après 2016
dépendrait du "retour sur investissement". Allusion à la question des
juteux droits commerciaux (plus d'un milliard d'euros de chiffre
d'affaire en 2014) et de leur répartition future par la FOM de Bernie
Ecclestone.
- Marque "historique" de la F1 -
Alors que le budget global d'une écurie de F1 varie entre 100 et
300 millions d'euros par saison, le Lotus F1 Team était récemment dans
la fourchette basse, et donc incapable de lutter avec les constructeurs
comme Mercedes ou Ferrari. Ou même avec le leader mondial de la boisson
énergisante, Red Bull Racing, quatre fois champion du monde (2010-2013)
avec ses moteurs Renault.
Fin mai, Carlos Ghosn a eu une
discussion orageuse avec Ecclestone dans le paddock du GP de Monaco pour
que Renault obtienne le statut de marque "historique" de la F1, en
vertu de sa présence quasi-ininterrompue depuis 1977 sous différentes
formes (écurie ou motoriste). A la clé, des revenus commerciaux
supplémentaires, confidentiels mais estimés à plusieurs dizaines de
millions d'euros par an.
Aucun détail n'a été donné, mais un
accord semble avoir été finalement trouvé puisque Ecclestone s'étonnait
le week-end dernier en marge du GP du Japon à Suzuka qu'un "grand groupe
comme Renault tarde autant" à annoncer la reprise de Lotus, affirmant
évasivement que la FOM avait "répondu sur ce point précis" du statut
historique... et des revenus supplémentaires.
Le groupe Renault
affiche une bonne santé financière, ayant quasiment doublé son bénéfice
net au premier semestre 2015 à 1,39 milliard d'euros, après avoir dégagé
1,89 milliard pendant l'exercice 2014.
(AFP)
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